« Interculturalité parce que laïcité » – Carte Blanche

Amis lecteurs et lectrices,

Dans le cadre de la publication récente du magazine de la Fédération des Maisons de la Laïcité « Laïcité et toi(T) », Aude Minet, directrice de la Maison de la Laïcité namuroise, partageait une carte blanche que nous vous invitons à (re)découvrir ici. 🙂

« Construire une société juste, progressiste et fraternelle ». Sept mots, molécules d’un carburant laïque, essence d’un mouvement né de la volonté de ses fondateurs, de changer de paradigme.

C’est la société qu’ambitionne de transformer la laïcité et non pas un groupe restreint au sein de cette société. Or, cette ambition concerne d’abord les individus. Pourtant, qui sort de sa Maison et interroge les citoyens sur ce qu’est la laïcité, se rend compte que, quand celle-ci n’est pas carrément méconnue, elle suscite distance et parfois même méfiance. Seuls les clichés ont la vie dure : les laïques bouffent les curés et tant qu’on y est, les arabes du couscous.

 

En sommes-nous encore à cette illustration de groupes hétérogènes, chacun étiquetés de stéréotypes, qui cohabitent sur nos territoires, ne se connaissent pas parce que ne se fréquentent pas ? Cette société, nous la voulons juste, respectueuse du droit et de l’équité. Comment ancrer ce caractère juste, respectueux du droit et de l’équité si ce n’est par la participation de tous à cette société que nous construisons ? Il s’agit ni plus ni moins d’organisation d’activités qui donnent à penser et à discuter. Nos outils sont le questionnement et le libre-examen grâce à l’exercice desquels l’émancipation augmente. Et pourtant, quelle légitimité accorder à notre construction si tous les ouvriers ne sont pas invités à rejoindre le chantier? Dans cette optique, l’édifice risque de se révéler fragile. Gageons que nous sommes capables de plus.

La laïcité est progressiste. Dynamique, en mouvement, elle n’a de cesse de chercher le progrès moral et social pour un accès toujours plus grand au bonheur. Structures laïques au plus près des citoyens, les Maisons se préoccupent des sujets d’actualité et des courants qui traversent notre société.

C’est ainsi qu’à Namur, depuis 2015, nous avons éprouvé le besoin de participer à la construction de relations plus harmonieuses entre les personnes et les communautés présentes sur notre territoire, relations basées sur le respect mutuel et le « vivre libres et construire ensemble ». En compagnie des structures associatives, mais aussi cultuelles, nous menons des projets, comme la Quinzaine de la Citoyenneté et de l’interculturalité “Change de lunettes! Regarde-moi autrement”, projets qui visent à répondre à cette question qu’ensemble nous nous posons : « Comment pouvons-nous tirer profit de nos différences convictionnelles, religieuses et philosophiques, pour que le mélange de nos identités culturelles devienne une force collective de paix?« .

Parce qu’en fin de compte, la préservation de la paix est au cœur de nos démocraties qui exigent des citoyens d’entretenir des relations fraternelles, respectant droits mais aussi devoirs de chacun. Pas question, en fraternité, de se dégrader ni de se soumettre lorsqu’on franchit le pas vers l’autre, juste de se reconnaître comme citoyens à part entière, porteurs de différences et pierres d’un même édifice. Mais pierres assemblées par un joint préparé par les hommes, matérialisation de leur capacité à se rencontrer et travailler ensemble. Pierres authentiques reliées par un mélange qui soude.

Le terme « interculturel » s’applique ainsi aux interactions entre personnes d’enracinements culturels différents, quel que soit le domaine dans lequel ces interactions ont lieu. C’est un processus dynamique, plus ou moins réussi, de rencontres et de communication, à la différence du terme « multiculturel » qui décrit une situation où se côtoient une multiplicité de personnes ou de groupes porteurs d’identités différentes, sans que cela implique des contacts entre eux. Nos Maisons, lieux de rencontre de la diversité, au nom de la laïcité, de ses valeurs et de ses principes…


Pourquoi pas?

– Aude Minet, directrice
Maison de la Laïcité de Namur

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Post comment